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Cet ouvrage, à quatre mains, issu de la rencontre entre Lygia Segala et Henryane de Chaponay, et préfacé par Stéphane Hessel nous ouvre les archives vivantes et illustrées d’une traversée du siècle qui se poursuit,
celle  d’Henryane de Chaponay.

Préface de Stéphane Hessel

La présentation originale de ce livre tissé d’apports extérieurs réside dans le fait qu’il est le fruit d’une collaboration sud-nord.
Henryane de Chaponay incarne une vie d’engagements enthousiasmants ! Une traversée du Siècle hors des sentiers battus ou qui lui étaient apparemment destinés, mais un exemple joyeux et courageux, à qui veut le suivre ?
Arrivée au Maroc avec ses parents pendant l’Occupation, elle participe avec eux à la lutte pour l’indépendance au Maroc puis coopère à plusieurs initiatives pour transformer ce pays dont la participation à un journal en tenant une rubrique sur la femme marocaine et à un journal pour néo-alphabètes en arabe et au lancement de l’Animation Rurale à partir de la Province de Marrakech, initiative étendue ensuite à d’autres pays d’Afrique puis d’Amérique du sud par l’Association IRAM.
En 1970, une mission lui est confiée par le Conseil Œcuménique des Églises en Amérique du Sud pour définir les critères de sélection des projets. Elle rentre ensuite au CCFD pour poursuivre le travail entrepris par Chico Whitaker. C’est le début de son engagement sur ce continent. Elle milite pour des émancipations individuelles et collectives et la lutte non-violente contre les oppressions. Elle est de plus en plus activement proche des collectifs qui luttent contre les dictatures et alliée active de mouvements d’éducation populaire d’Amérique latine.
En 1975, avec Paulo Freire entre autres, elle fonde le CEDAL (centre d’étude du développement en Amérique latine). Elle organise pendant quelques années des échanges d’expériences entre des acteurs sociaux (associations, syndicats, organismes de formations…) de différents pays d’Amérique du Sud et d’Europe de l’Ouest : une démarche de formations réciproques par des rencontres et imprégnations construisant ainsi une méthode rigoureuse, souple, ouverte, s’appuyant sur l’intelligence des participants.
Citoyenne active de sa vie, du Mouvement de Citoyenneté Active, au Collectif «richesses», aux Réseaux de Réciprocité des savoirs et du Cercle des pédagogies émancipatrices, elle contribue au lancement du processus du Forum Social Mondial et des Dialogues en Humanité avec cette perspective : celle d’agir sur nos comportements individuels et collectifs pour mieux vivre ensemble et changer notre regard sur la politique.
Elle est une précurseuse et une tisseuse de réseaux.
Elle apprend des peuples qu’elle a rencontrés en Amérique du sud, en Afrique ou en Inde :
«la réciprocité existe dans le temps long de l’histoire lorsque nous redécouvrons des richesses oubliées qui indiquent à quel point, tout au long du parcours à la fois dramatique et merveilleux de l’aventure humaine, des avancées positives ont lieu».
Intégrer le pari de l’incertitude et de l’inattendu dans nos rêves et nos manières de penser peut renforcer nos capacités de résistance et d’initiative » écrit-elle dans la conclusion du livre collectif qu’elle a contribué à élaborer avec 22 autres auteurs : «Parier sur la réciprocité ed Chroniques Sociales 2011…».
– Réciprocité entre les humains et réciprocité entre les humains et la nature, voilà le défi qu’elle nous aide à relever.
Ce qui fait du sens à sa vie :
«Je veux contribuer à lutter contre les inégalités, changer les rapports du vivre ensemble car il y a trop de dédain de la part de beaucoup envers les plus défavorisés. La question de la dignité et du respect est au coeur de ma réflexion, tout comme celle de la nécessité de la reconnaissance de la valeur de tout être humain.
A mon échelle, j’essaye de militer pour la capacité de chaque personne à se réaliser et je souligne notre responsabilité à nous, Européens, par rapport à des drames comme celui des migrations.
Nous vivons une époque de transformations profondes et de grands dangers menacent notre espèce et la planète, dus à la folie humaine et à l’argent roi. Je vois pourtant beaucoup d’initiatives qui donnent espoir mais qui sont dispersées et malheureusement peu valorisées. Il y a tant à faire !».

Publié le 30.11.2013